- Dozilet Kpolo

- 19 janv.
- 7 min de lecture
« [...] Rappelle-les, on va jouer comme des hommes ! [...] », ordonne Sadio Mané alors que la finale de la CAN 2025 a basculé depuis quelques minutes déjà dans l’irréel. Suite à une décision arbitrale plus douteuse, qu’un exposé qui pue le Chat GPT à des milliers de kilomètres, l’entraîneur du Sénégal Pape Thiaw commande à ses joueurs de rentrer au vestiaire.
L’ancien Parisien Gana Gueye, Edouard Mendy, coéquipier de Franck Kessié poussé vers la sortie, par des supporters on ne peut plus mécontents, mais aussi Pape Gueye, etc. Tout s’exécute. Tous sauf enfin : Sadio Mané.
« [...] Rappelle-les, on va jouer comme des hommes ! [...] », somme-t-il.
Retour sur ce Sénégal - Maroc que personne - pas nous en tout cas - n’oubliera.

SÉNÉGAL - MAROC, CES LIONS QUI METTENT LA BARRE HAUTE
19h GMT à Abidjan, Dakar, 20h à Rabat et plus particulièrement au Stade Prince Moulay Abdallah. Où 66 526 spectateurs sont présents.
Pendant que certains, dans le déni, rejettent l’imminence d’un lundi, toujours prêt à ruiner les dernières heures dominicales, d’autres, encore, avaient entouré/souligné/surligné cette date, ce dimanche 18 janvier 2026. Et pour cause, il s’agit de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, la meilleure compétition internationale de football, après la Coupe du Monde.
Annoncés depuis de longue date parmi les favoris, avec le Nigéria de Victor Osimhen entre autres, le Sénégal, vainqueur d’une Egypte sans idées mais pas sans vice, et le Maroc, qui a battu les Super Eagles, sont au rendez-vous. Et avec eux un joli petit lot de polémiques.
PIQUES ET POLEMIQUES
« [...] Mes joueurs étaient en danger. [...] », affirme haut et fort Pape Thiaw en conférence de presse. Ce dont l’entraîneur quadragénaire parle c’est l’absence d’un dispositif de sécurité, une espèce de cordon de sécurité pour protéger davantage les Lions de la Téranga lors de leur arrivée à Rabat. Des propos qui s’inscrivent dans la lignée du communiqué de la Fédération sénégalaise de football (ou FSF) qui a tiré la sonnette d’alarme quelques heures auparavant.
Et de l’autre côté, Walid Regragui tente de faire baisser la tension en appuyant sur cette pseudo notion de « pays frère ». On est venu, on a vu et on a constaté - derrière l’écran certes mais quand même - que ces liens de fraternité ont disparu très vite.
SÉNÉGAL, BRAHIM DIAZ, JUSTICE DE DIÉ, SADIO MANÉ

Adossées à leur centre de formation respectif, Génération Foot pour les uns et Académie Mohamed VI pour les autres, les deux équipes sont présentes au rendez-vous de la compétition panafricaine pour tenter de remporter leur seconde CAN.
Pour rappel, les Lions de l’Atlas n’en ont plus remporté depuis…1976. Autant dire une éternité comme l’avait justement fait remarquer Nicolas Pépé.
Privés de leur capitaine Kalidou Koulibaly, qui observe les siens depuis les tribunes pour cause de blessure, les coéquipiers de Captain Gana Gueye sont les plus dangereux en ce début de match, obligeant notamment Yacine Bounou à s’employer à deux reprises.
D’abord à la 5ème minute sur un corner puis à la 37ème pour l’ex-enfant chéri de Marseille, Iliman Ndiaye écrase un peu trop sa frappe.
À la mi-temps, les deux équipes se séparent sur un score nul et vierge avec en fond sonore un mélange de sifflets et d’alarme d’ambulance lorsque…le Sénégal touche le ballon. Drôle d’ambiance.
MAILLOT ADVERSE, TU ES LE SEUL QUI M’AILLE
Seconde mi-temps : le Maroc se montre enfin dangereux, particulièrement avec l’occasion manquée du buteur funambule Ayoub El Kaabi (57ème).
Dix minutes, toujours la surface sénégalaise, Neil El-Aynaoui et El Hadj Malick Diouf se télescopent dans un duel aérien.
Résultat : le Marocain voit son crâne bandé. Et pendant ce temps-là, certains tentent de s’emparer de la serviette d’Edouard Mendy comme des stadiers l’avait fait auparavant lors de la demi-finale face au Nigéria. Comme si le maillot adverse était le seul qui leur aille. Vous avez dit meilleure équipe fair-play ? Oh honte !
Côté terrain de jeu, et la verte pelouse marocaine, pas grand-chose à signaler si ce n’est le passage d’une défense à 4 à 3 côté sénégalais et les entrées de l’ailier revenant Ismaila Sarr mais surtout Ibrahim Mbaye.
Du haut de ses 17 ans, le dernier-né de la grande famille de la Téranga joue son ballon sans état d’esprit. Kader Keïta likes this.
Au sortir d’un joli numéro, le virevoltant ailier droit tente d’enrouler sa frappe du gauche mais Yacine Bounou se détend et détourne en corner.
UNE POLÉMIQUE EN TROIS TEMPS
Dans la foulée, au second poteau Abdoulaye pas si Seck, aux prises avec Achraf Hakimi, s’en débarrasse, gagne son duel et reprend le ballon de la tête. C’est le poteau qui renvoie le ballon avant que le remplaçant Ismaïla Sarr ne marque de la tête mais le but est refusé dans la foulée…« Faute » de Abdoulaye Seck. 92ème, acte 1.
Dans la continuité ou presque, Brahim Diaz s’écroule dans la surface de réparation à la suite d’un duel avec El Hadj Malick Diouf.
Ni une, ni deux le numéro 10 marocain s’agite, gesticule mais aussi exige, réclame et obtient finalement que M. Jean-Jacques Ndala Ngambo, l’arbitre de la rencontre, aille consulter la VAR ! 97ème, acte 2.
CONSULTATION À DOMICILE
S’en est trop pour les Sénégalais qui manifestent colère et mécontentement pendant qu’un cordon de sécurité protège à la fois l'arbitre en pleine consultation de la VAR et les deux staffs qui s’embrouillent copieusement.
Après cette consultation gratuite à domicile, l’homme en noir porte son sifflet à la bouche, pointe la surface sénégalaise et désigne…le point de pénalty.

Le stade explose faisant couler frustration et violence dans les travées du stade. Pêle-mêle : des supporters sénégalais se tapent avec des stadiers marocains qui les empêchent d’envahir le terrain façon Guinée Equatoriale - Côte d’Ivoire. Mais aussi en tribune de presse où les poings sont mis sur les « i ».
La confiance règne, les nerfs sont tendus. Les Sénégalais sont nulle part sur le terrain puisque invités par leur sélectionneur, ils ont gentiment pris la direction des vestiaires pour dénoncer ce braquage en 3D, en 4K, en mondovision.
Du jamais vu dans l’histoire du football certes mais aux grands maux, ou aux grands vols, les grands moyens !
Et pendant ce temps-là, un homme en vert, au petit punch naissant, les mains sur les hanches, se demande ce qu’il doit faire.
Dans ce brouhaha ambiant, l’enfant de Bambali - situé dans le sud du Sénégal - s’adresse d’abord à ce globe-trotter de Claude Leroy qui lui aurait de « rester sur le terrain » mais aussi au fantasque double Ballon d’Or africain El-Hadji Diouf. Cet homme qui consulte les oracles avant de réagir au quart de tour, c’est Sadio Mané. Vainqueur de la CAN et la Ligue des champions 2019, double Ballon d’Or africain (2019, 2022), mais aussi général des forces armées sénégalaises, etc.
Celui-là la même qui avait à juste titre réglé ses comptes avec Leroy Sané après une remarque raciste. Oui c’est bien celui là-même qui les a fait revenir sur le terrain.
JUSTICE DE DIEU, Y EN A
« [...] Rappelle-les, on va jouer comme des hommes ! [...] », bande-originale des Révoltés de Rabat.
De retour sur le terrain, nouvelles brouilles et embrouilles entre « pays frères ».
« Le joueur sur qui on fait la faute ne doit pas tirer le pénalty. », paraît-il.
Cette règle, Brahim Díaz, qui avait inscrit 5 buts en 6 matchs et les deux mains sur le trophée du meilleur joueur de la compétition, l’a connaît.
Nonobstant cela, le numéro 10 marocain, enorgueilli par le fait d’avoir reçu ce cadeau, se présente devant The Best FIFA Goalkeeper 2021, s’avance et tente…une Panenka.

N’ayant pas bougé d’un iota, Edouard aux mains d’argent récolte facilement le cuir. N’est pas Zinedine Zidane qui veut !
Le remplaçant au Real vient de manquer l’occasion de dépoussiérer l’armoire à trophée du royaume chérifien. La justice de Dieu, sans doute.
La suite appartient déjà à l’Histoire.
PAPE GUEYE, HABEMUS PAPAM

Début des prolongations. Sur son flanc gauche, le numéro 10 sénégalais - encore et toujours lui - presse El-Aynaoui qui perd le ballon, repique dans le rond central, libère le ballon d’une talonnade pour Gana Gueye. Le capitaine d’un soir a vu Pape Gueye s’avancer dans ce couloir droit déserté par Achraf Hakimi monté aux avant-postes.
Le latéral parisien revient certes mais trop tard. Le portier marocain se détend certes mais impossible, impossible pour lui de stopper le boulet de canon envoyé à l’entrée de la surface de réparation par Pape Gueye. Le multirécidiviste n’en est pas à coup d’essai puisqu’il avait inscrit un doublé en frappant notamment à mi-distance face au Mozambique ; en huitièmes de finale.
Cette fois-ci c’est dans la lucarne que le ballon finit sa course. Sénégal 1 - Maroc 0.
Habemus Papam, Habemus Pape !

Ses coéquipiers ivres de fatigue et de joie et le buteur du soir ont à peine le temps de célébrer qu’une partie du public leur démontre affection et tendresse en balançant des projectiles. Peut-être les mêmes qu’a reçus Edouard Mendy dans sa surface de réparation. Qu’importe !
Au coup de sifflet final de cette rencontre d’anthologie, qui restera dans les annales, pour des mauvaises raisons évidentes, l’essentiel est ailleurs.
Pour la seconde fois de son histoire, après la CAN 2021 et la séance victorieuse aux tirs au but (4-2), le Sénégal est champion d’Afrique ! Le Sénégal d’abord, le monde du football ensuite peut dire à ce monsieur. Un certain Sadio Mané qui a dit : « [...] Rappelle-les, on va jouer comme des hommes ! [...] » Chose faite.
