top of page

CAN 2023 : Spécial Côte d'Ivoire

« […] Ils n’ont qu’à libérer les tickets nous on va regarder notre match. Ils vont venir prendre en gros pour aller vendre, pourquoi ? Y a des gens qui vendent les tickets de 5 000 à 99 millions. Pourquoi ? », balance un jeune supporter des Éléphants de Côte d’Ivoire en colère au micro de Brut Afrique.

Pendant que des lunettes noires sabrent son visage, que des poils tracent un sillon noir sur ses joues, un autre, lui aussi à la recherche du précieux sésame, du ticket pour voir Côte d’Ivoire – République Démocratique du Congo, remporté par les Ivoiriens, face à l’énormité, rétorque : « Ah vieux ? »

 


Depuis la séquence virale est devenue culte. On se la refile en inbox entre amateurs de meme et autres running gags. Entre amoureux du ballon rang en général et des Éléphants de Côte d’Ivoire, ce sont bien les seules choses qu’on peut se passer. À défaut de tickets.


Oui tout au long de cette CAN 2023, qui touche à sa fin, avec la finale Nigeria – Côte d’Ivoire, la billetterie est le plus gros noir. Le genre qu’aucun institut de beauté abidjanais ne pourrait le faire partir. Focus sur ces parcours du combattant : mon ticket, mon combat.


CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
Fast & Furious. Tous droits réservés

QUI A ACHETÉ TOUS LES TICKETS LÀ?

« Qui a mis l’eau dans coco ? », question tout sauf à la noix, « Qui a gagné les élections de 2010 ? », question qui permettait autrefois de connaître directement le bord politique de son vis-à-vis bombé, et plus récemment « Qui a tué le chauffeur Yango ? », cri de cœur pour dénoncer l’impunité dont certains bénéficient parfois selon le FC Conspirationiste, et depuis peu : « Qui a mis huile sur riz de Zaha ? », etc.



En Côte d’Ivoire, des questions sont posées sans réponse. Et la dernière en date, celle qui est sur toutes les lèvres, c’est : « Qui a acheté les tickets là ? »

Cette interrogation, ils sont nombreux à l’avoir posée le plus souvent à la Poste devenu théâtre des rêves. Parce que la CAN, « la meilleure de toute l’histoire de la CAF » selon Patrice Motsepe, le président même de l’organisation qui chapeaute le football africain, attire/attise/suscite les convoitises.

CASSE TÊTE POUR MONSIEUR ET MADAME TOUT-LE-MONDE

Tout le monde veut y aller, sentir l’ambiance des grands soirs, Nigeria – Cameroun, le parfum de la victoire, des Eléphants de Côte d’Ivoire contre les futurs ex-tenants du titre sénégalais, et pouvoir ensuite rentrer sain sauf après le long pèlerinage depuis Ebimpé ; interrompu par des émeutes post match contre la Guinée équatoriale.


CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
La défaite avait laissé des traces.

Tout le monde sauf ceux qui refusent de crier, encourager, maudire, encourager, bénir, leur équipe en général et la Séléphanto en particulier. Âmes sensibles s’abstenir.

Et c’est là où le bât blesse : le problème des tickets introuvables semble surtout être concentré autour de l’équipe nationale ivoirienne.

À chaque match des hommes d’Emerse Faé, surtout depuis qu’il a superbement repris l’équipe après le départ de Jean-Louis Gasset, c’est la même gymnastique.

Direction le bureau de poste le plus proche pour en avoir un. Ou plutôt tenter d’en avoir un.

AUCUN TICKET NE PASSE COMME UNE LETTRE À LA POSTE

CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
Confiance d'accord mais prudence d'abord. Tous droits réservés

Bien qu’elle soit un passage obligé dans le cadre des démarches administratives éreintantes, la Poste n’est pas le service public ivoirien le plus fréquenté. Loin de là. Les compagnies d’eau et d’électricité, avec ces clients qui tels des bacheliers, attendent sous une bâche, avant qu’un gardien zélé ne fasse passer un autre avant eux, lui rient au nez.

Sauf que ces derniers temps, depuis le démarrage de la CAN le 13 janvier dernier, avec une victoire de la Côte d’Ivoire face à la Guinée-Bissau, c’est un lieu de pèlerinage.

Jeunes hommes au visage barré donc, mais aussi jeunes femmes ou encore vieux pères, etc. Nombreux sont ceux qui y vont le plus souvent pour le même résultat : taper poteau, en voulant acheter un ou plusieurs tickets.


UNE DÉFAITE POUR DÉMARRER

Revenu bredouille mais sourire aux lèvres, qui se lit nettement dans ces notes vocales Instagram, tout le monde il est beau, ce jeune homme - dont nous avons décidé automatiquement de préserver l'anonymat - accepté de raconter sa mésaventure :

« […] Moi au départ j’étais pas tellement hypé par le fait d’aller. Je me disais qu’il allait y avoir des bousculades. […] Je me disais que ça ne servait à rien d’aller là-bas. »

Ça, c’était avant qu’un de ses amis ne lui offre un ticket. Sois béni, le frère.




« Je suis allé au match des Éléphants où on a perdu 4-0 face à la Guinée équatoriale, remuant le couteau dans la plaie à peine guérie. C’était mon premier match. Donc je vais, on perd 4 – 0. Mais à part ça, je trouve que l’ambiance est assez cool donc après je commence à chercher les tickets partout. Mais où ça a commencé à se compliquer, c’est où on a passé la phase de poules. Là, c’est devenu grave c’est-à-dire que le site Internet ne marche plus. Tu t’en vas sur le site, ça charge des 59 minutes. Ça finit, ça relance 59 minutes. »


UN 59 OU RIEN

Pour avoir été sur l’application Akwaba CI puis clique sur l’option acheter un ticket, tu sais exactement de quoi il s’agit. Idem pour tous ceux qui ont déjà essayé d’acheter un ticket pour la CAN en ligne.

Lorsque tu te connectes, la barre de téléchargement se remplit tandis que le temps avant l’ouverture de la session d’achat, lui, descend progressivement. Puis quand il ne reste plus qu’une minute, beaucoup sont systématiquement renvoyés au point de départ, aux fameuses 59 minutes.


Vendredi 9 février, tu en as fait l’amère expérience entre 9 heures et 16 heures. Résultat : zéro sur toute la ligne.

« Ça finit ça relance les 59 minutes. Donc la solution c’est d’aller dans les points de vente physique. », reprend le jeune passionné de football.

Et dans ces fameux points de vente physique, c’est un autre championnat, un autre niveau.


« […] Huitième [de finale, NDLR] déjà, je n’ai même pas eu. Mais à chaque fois quand tu vas, le processus est simple. Tu t’en vas à 8 heures. On te dit : " Mettez-vos noms sur liste." À partir de 11 heures, la liste là, elle est caduque. On l’utilise plus. Y a des policiers qui viennent encadrer le coin. Les policiers qui viennent encadrer-là, au final quand ils sont là, les choses devraient plus avancer. Mais, ce sont les même choses. On traîne. Vers 15 heures, on commence à te dire la machine ne marche plus. À 17 heures, on te dit : " Y a plus tickets ! " Et ça, c’est tout le temps. »


Avant d’ajouter : « Et y a un prétexte qui vient tout le temps : " Y a pas réseau ! " Comment y a pas réseau ? Quel réseau, ils utilisent que non on n’a pas parce que nous, on est arrêté dans le rang, revivant la scène. Nous, on a connexion pour parler sur groupe WhatsApp. Mais c’est quelle connexion, ils utilisent et puis on a pas ? »

Oui, quel genre de connexion faut-il utiliser pour obtenir finalement un ticket ?


CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
Le message est clair. Tous droits réservés.

MON TICKET, MON COMBAT : UNE AFFAIRE DE RÉSEAUX

Dans un pays où relation est mieux que diplôme, il semblerait que cela s’applique aussi dans le processus d’obtention de ticket. Il y a ceux qui réactivent des liens d’amitié autrefois solides, ceux à qui on vient demander : « Tu n’as pas réseau de ticket ? », flattant au passage leur égo et puis ceux qui passent les mesures-barrière, et le COCAN qui a tenté de détourner le circuit préférentiel des revendeurs en mettant uniquement en ligne les tickets pour la finale particulièrement.

Mais ça n’a rien changé. Bien contraire. Et chacun y va de sa théorie. Si certaines sont plus souvent tirées par les cheveux qu’une coiffeuse mal formée qui tente de peigner des cheveux naturels, d’autres semblent tenir la route.

FOOTBALLEUR AUSSI TAPE POTEAU

CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBATCAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
Arouna Koné affaire de ballon et de tickets là. Tous droits réservés

Ainsi l’ancien international ivoirien Arouna Koné passé notamment par le PSV Eindhoven mais aussi Séville et Everton a récemment mis en ligne une vidéo.


« […] Ceux qui vont faire les rangs dans les points de ventes de tickets, ne vous fatiguez pas. Y pas ticket, hein. Moi-même, on m’appelle, on  me demande ticket. Je dis y en a pas. Depuis les quarts de finale, c’est-à-dire depuis la Côte d’Ivoire a gagné le Sénégal, les gens ont commencé à comprendre qu’on dirait que les Éléphants vont aller en finale hein. Donc ils ont commencé à réquisitionner les tickets. Et ces gens-là, ce sont les politiques hein, les hommes politiques avec les chefs d’entreprises et autres là. Sinon comment vous pouvez expliquer que depuis les quarts de finale, le site même la CAF on achète ticket, ça ne marche pas ? »

Avant d’en rajouter encore : « Moi tous les jours, je vais sur le site-là, d’une voix toujours calme et posée. Tous les jours ! On te donne un délai de 30 minutes. Quand les 30 minutes arrivent, on prolonge encore une heure. […] »



Si les faits énoncés par Arouna Koné sont laissés à l’appréciation souveraine de tous, il n’en demeure pas moins qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la billetterie. Notamment chez les revendeurs.


L’INJUSTE PRIX

Depuis que les Éléphants de Côte d’Ivoire trébuchent et se relèvent pour marcher sur leur adversaire, il y a une envie légitime de prendre part à la fête. Idem pour les autres pays dont la plupart des ressortissants vivent ici. Que ce soient les beaux-parents camerounais, les cousins sénégalais, les brudda nigérians, etc. Et si tout le monde est bien logé à la même enseigne, ce n’est pas le cas pour les tickets.

Sur des réseaux sociaux, dans des groupes, des personnes revendent des tickets à des prix tellement indécents que c’est incroyable. Ainsi, certains revendeurs proposaient un ticket à 80 000 francs CFA, 100 000 francs CFA l’unité pour voir Côte d’Ivoire – République Démocratique du Congo.

Mais ce n’est rien à ce monsieur qui cherchait et surtout obtenu 150 tickets pour la finale.


CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
Acte 1. Tous droits réservés


CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
Acte 2. Tous droits réservés


CAN 2023 : MON TICKET, MON COMBAT
Acte 3. Tous droits réservés

Ce que tu n’as jamais vu, faut pas dire ça n’existe pas.


Que la plupart des ivoiriens soient des late buyers, s’y prennent souvent au dernier moment pour assister à un concert ou un autre évènement dans le genre soit. Que cela favorise éventuellement le pullulement des revendeurs qui ne se cachent même plus, admettons.





Mais le plus triste dans l’histoire, c’est qu’au final, les efforts fournis ne paient pas et que c’est le fan moyen, celui qui veut juste aller au stade, qui paie les pots cassés.

Mi-janvier, le premier ministre Robert Beugré Mambé avait promis de régler le problème de la billetterie au bout de 48 heures quand les premiers mauvais signes étaient alors apparus. Nous sommes le 11 février, et le problème demeure toujours : « Qui a pris les tickets là ? » On ne le saura jamais.


On ne saura jamais non plus : « Qui a mis l’eau dans coco ? », « Qui a gagné les élections de 2010 ? » ou encore « Qui a tué le chauffeur de Yango ?[1] », ou même « Qui a mis huile sur riz de Zaha ? »


Heureusement que dans tout ce capharnaüm, il y a de belles histoires comme celle de supporter déçu/dégba/triste à qui « Tonton Sékou » a finalement offert un billet ; après avoir vu son désarroi sur des réseaux sociaux.




Peut-être qu’il en fera autant pour celui qui a dit : « […] Ils n’ont qu’à libérer les tickets nous on va regarder notre match. Ils vont venir prendre en gros pour aller vendre, pourquoi ? Y a des gens qui vendent les tickets de 5 000 à 99 millions. Pourquoi ? »


[1] Selon nos informations, le coupable a été arrêté depuis. 

 

« Si c’est moi, j’allais remplacer lui là pour mettre celui-là. Regarde-le : il vaut rien ! », prétendent des supporters passionnés mais sans diplômes. Du moins, pas celui d’entraîneur des Éléphants de Côte d’Ivoire.


Que ce soit à Abidjan, Yamoussoukro où ils sont descendus en coup du marteau sur le Sénégal, mais aussi Bouaké, et son second miracle ivoirien, nombreux sont les candidats potentiels au poste de sélectionneur des Éléphants de Côte d’Ivoire. Qui pourrait leur vouloir au pays où tout le monde où il est coach ?


Des jeunes mariés qui, la bague à peine passée sur l’annuaire de la main gauche dispensent des conseils, aux personnalités publiques callipyges qui misent plus sur les fonds de clients crédules et adeptes de thés amincissant que leurs formes modifiées en passant par des entrepreneurs galéjeurs qui ont encore eu plus de mérite que ces parents qui affrontaient lions et crocodiles sur le chemin de l’école. Tout le monde il est coach.


Thanks God jusqu’à preuve du contraire, il n’appartient à aucune de ces catégories mais plutôt à une qui est plutôt rare : celle des personnes qui ont l’art de faire les bons choix. Lui, c’est Emerse Faé. Le néo-entraîneur de la Séléphanto, celui qui l’a menée en finale.


EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
Chic conférence de presse. Tous droits réservés

Ce soir, face au Nigeria de Victor Osimhen, qui avait provoqué le pénalty de la victoire (1-0) en phase de poules, l’ancien international ivoirien aura l’occasion d’en faire un peu/beaucoup/probablement.



EMERSE FAÉ DÉMARRE PAR DES CHOIX FORTS

Ceux qui pensaient que la Côte d’Ivoire battrait le Sénégal peuvent se compter sur le bout des doigts. Vu comment la Guinée équatoriale, sortie juste après en 8èmes de finale, avait tapé la sélection ivoirienne alors entraînée par Jean-Louis Gasset, qui pouvait le prédire ? C’est alors qu’Emerse Faé entre en scène. Enfin pas de tout suite, il se fait voler la vedette par une demande de prêt.


Dans sa volonté de toujours innover, la Fédération Ivoirienne de Football demande à son homologue français, le prêt de l’ancien entraîneur des champions d’Afrique 2015, Hervé Renard. Mais cette dernière refuse d’accéder à la demande.

Retour au point de départ ou plutôt au nouveau point de départ avec le duo Emerse Faé – Guy Demel, lui aussi ancien international ivoirien. Coucou, Cristiano Ronaldo !


EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
« Si tu es fatigué, faut djô. Nous on est là. » Guy Demel, Coupe du Monde 2006. Tous droits réservés


EMERSE FAE RELANCE LA BELLE SERI

EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
La Seri qui match actuellement. Tous droits réservés

Lundi 22 janvier, Sénégal – Côte d’Ivoire à Yamoussoukro et son stade Charles Konan Banny qu’on aperçoit beaucoup plus tôt qu’Ebimpé, et son pèlerinage. Sur la feuille de match, pas de Franck Kessié mais plutôt un Jean Michaël Seri.



Titulaire dans le milieu à trois de Patrice Beaumelle, l’ancien milieu de terrain de l’OGC Nice, et son inoubliable saison 2016/2017, fait sa première apparition sur les vertes pelouses ivoiriennes. C’est lui la force tranquille qui va ramener l’équilibre et surtout la qualité de première relance en s’insérant parfois entre les deux défenseurs centraux.


Emerse Faé a le nez creux. Il sait, nous savons que le milieu Franck Kessié – Ibrahim Sangaré - Seko Fofana fonctionne mal. Alors, il brise le trio pour stabiliser tout ça. Pari gagné, c’est le retour de la belle Seri, celle qui diffusée en boucle tous les week-ends avait enchanté la Ligue 1 et la Liga au point où Barcelone a essayé de s’attacher ses services. Mais le plan a échoué.

Quelques années plus tard, c’est un autre milieu de terrain qui arrive à Barcelone en provenance de Milan cette fois-ci : Franck Kessié.


Le même que coach Faé fait entrer à la 73ème minute à la place d’Ibrahim Sangaré.


Résultat : Jean Michaël Seri est élu du homme du match tandis que Franck Kessié lui a inscrit le but égalisateur puis le pénalty victorieux.


EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
Autorité, bonsoir. Tous droits réservés

FACE À EMERSE FAÉ ET LA CÔTE D’IVOIRE, ERIC CHELLE A MALI LE MATCH

EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
Vas en paix et ne reviens plus pécher. Tous droits réservés

Lorsque les nombreuses bourdes répétées d’un Odilon Kossounou conduisent finalement à son expulsion à la 43ème minute, les plans d’Emerse Faé volent en éclats. Certes Yahia Fofana a stoppé un pénalty en début de rencontre mais là c’est une autre paire de manches. La Côte d’Ivoire va donc jouer à 11 contre 10 pendant plus d’une mi-temps.


Comment se réorganiser face à ce milieu de terrain qui met la pression notamment sur Jean Michaël Seri méconnaissable et auteur de la perte de balle qui oblige Kossounou à faire faute sur le remuant – ce jour-là – Lassine Sinayoko ? Comment conserver ne pas prendre l’eau complètement ?


C’est simple – après coup, Emerse Faé sort Nicolas Pépé, l’un des attaquants à ne pas avoir inscrit de but avec le talentueux mais frêle Karim Konaté et Christian Kouamé, et lance Wilfried Singo. Mais ce n’est pas tout.

Au retour des vestiaires, la stupeur de l’expulsion passée, la catastrophe industrielle analysée, le quadragénaire – il les a eus, le 24 janvier dernier – fait deux autres remplacements : Sébastien Haller et Willy Boly remplacent respectivement Christian Kouamé et Serge Aurier.


UN REMANIEMENT APRÈS LA CATASTROPHE INDUSTRIELLE

Certes, la Côte d’Ivoire conserve son milieu à trois mais passe à cinq derrière avec Max-Alain Gradel en arrière droit/piston droit.


Système tabouret pro Max. Tous droits réservés

Depuis le remaniement ministériel qui a eu lieu il y a quelques mois, on n’avait plus vu pareil chamboulement.

Et cette organisation permet étonnamment à la Côte d’Ivoire de tenir avec une machine de nouveau à nouveau bien huilée.


Toutefois, Nene Dorgeles ouvre le score à la 71ème minute de jeu.


Dans la foulée, Emerse Faé fait un premier changement. Plus joueur de devoir que piston droit, Max-Alain Gradel a finalement très peu apporté à ce poste inédit. Il est donc logiquement remplacé par un avaleur d’espaces, un joueur qui a de l’énergie à revendre, façon danseur de coupé-décalé adepte de roukasskass : Oumar « le Wourou national » Diakité. Puis c’est un autre changement important : Simon Adingra à la place de Jean Michaël Seri ; à la 85ème minute.


Certes ce sont deux changements mais l’ossature elle-reste avec ce 5  - 3 – 1, qui peut éventuellement se transformer en 4 - 4 - 1.


EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
Système où tout le monde se plie en quatre, quand tu vois tu sais. Tous droits réservés

Simon Adingra et Oumar Diakité, les deux jeunes pépites ivoiriennes, ont de ceci en commun qu’ils ont un gros volume de jeu et qu’ils ont tendance à provoquer des fautes. Et ça qui mieux que Faé qui est dans le staff de la Côte d’Ivoire depuis 2022. Il connaît son groupe, il connaît ses joueurs mais surtout il semble avoir une capacité certaine à mieux lire le jeu que ses adversaires d’abord Aliou Cissé, entraîneur des futurs ex-champions d’Afrique, et Eric Chelle qui disait avoir en sa possession « le meilleur milieu du monde » sur le plateau télé d’une célèbre chaîne cryptée.



Emerse Faé, lui, n’a peut-être pas le meilleur milieu de terrain du monde mais il a deux grands espoirs. Et cela suffit à battre les Maliens.

Ainsi, Simon Adingra est au début et à la conclusion d’une action et surtout Oumar Diakité, lui, est l’auteur du but victorieux, sa pichenette qui fait la différence.

Certains diront : « Il a de la chance ! », d’aucuns diront que : « C’est Dieu ! » La vérité se trouve quelque part entre les deux.

CÔTE D’IVOIRE – CONGO OU LA CONFIRMATION DE LA TACTIQUE FAÉ

EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
Toujours sortir avec son propre mental, sa serviette sur les épaules. Tous droits réservés

Bien qu’il soit beaucoup trop tôt pour parler d’un style de jeu, d’un Faé-Ball comme il existe un style Guardiola, avec cette possession à outrance et ses changements de poste incessants au point de dégoûter certains téléspectateurs, qui en ont parfois marre de ses expérimentations tactiques, il n’en demeure pas moins que Faé a une tactique certaine.

Diluée dans le traditionnel 4 – 3 – 3, la tactique d’Emerse Faé semble consister à faire jouer les bons hommes au bon endroit : simple mais efficace.

En fait non, Emerse Faé ne fait « que » mettre les joueurs là où il faut : non, non. Il fait de bons choix.

DES TITULARISATIONS QUI FONT SENS

EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
Quittez oh, quittez oh. Pardonnez, quittez oh. Tous droits réservés

Au-delà du but victorieux, cette reprise de volée topée, la titularisation de Sébastien Haller s’est avérée forte intéressante dans la mesure où elle a permis à la Côte d’Ivoire d’alterner phase de conservation et phase directe sans construction comme ce centre de Wilfried Singo sur la tête chercheuse de l’attaquant du Borussia Dortmund à la 39ème minute. Dommage qu’il n’ait pas trouvé le cadre.


L’autre titularisation intéressante est celle de Simon Adingra.


Rétabli physiquement, l’ailier virevoltant, et ses accélérations accompagnées par le public autrefois biberonné aux exploits de Gervinho et Kader Keïta, a régulièrement apporté du danger depuis son aile gauche sans oublier pour autant de défendre. C’est d’ailleurs lui qui se crée la première grosse occasion ivoirienne avec sa tête qui passe à côté. Encore un centre de Wilfried « Fed Ex » Singo. N'oublions pas non plus l'entrée de Lazare Amani aux changements de rythme déroutants.


EMERSE FAÉ OU L’ART DE FAIRE DE BONS CHOIX TACTIQUES
Direction gare Saint-Lazare. Tous droits réservés

Et qu’importe si certains, fâchés d’être sortis, filent directement aux vestiaires.




Emerse Faé fait de bons choix tactiques. Rendez-vous, ce soir à 20H, pour voir ceux qu’il a concoctés pour affronter le Nigeria. Quel que soit le résultat, il y aura toujours ceux qui diront : « Si c’est moi, j’allais remplacer lui là pour mettre celui-là. Regarde-le : il vaut rien ! »

 

 

 

 

« Ouais franchement c’était inespéré en début en match de poules. C’était très très compliqué. Après, on a joué le Sénégal, c’est très dur on a été cherché la qualif à la fin. Mali, ça a été dur : on était à dix mais on a été cherché la qualif. Et là, un match un peu plus maîtrisé, on va chercher la place dans notre, la finale de notre compétition de notre CAN. C’est un plaisir immense. […] », explique Emerse Faé, coach des Éléphants au micro de Lilian Gatounes.



Oui hier, aussi invraisemblable que cela puisse paraître la Côte d’Ivoire est allée chercher son billet pour sa CAN, celle de l’hospitalité. Là, voici maintenant, après toutes ces fois où elle a échappé à la mort, qui arrive à destination finale. Retour sur ce Côte d’Ivoire – Congo (1-0).



LA CÔTE D’IVOIRE : LES AILES OU RIEN

Jusqu’à la 90ème minute de jeu, le Nigeria, encore porté par un Victor Osimhen des grands soirs, pourtant diminué physiquement, avait déjà réservé avec ce second but sa place pour la finale de la CAN 2023, qui aura lieu le 11 février à 20 heures ; toujours dans le très décrié Ebimpé et ces kilomètres à pied qui usent, usent.



Mais c’était sans compter sur un énième plot twist, un nouveau rebondissement.

L’arbitre de la rencontre Omar Amine annule le but, revient sur une faute commise au début de l’action dans la surface nigériane. Pénalty transformé par Mokoena.


Finalement, les Super Eagles, l’emportent aux tirs au but grâce leur portier Stanley Nwabali qui remporte son duel à distance avec Ronwen Williams néorecordman de tirs au but stoppés dans une seule séance, avec ces quatre arrêtes face au Cap-Vert.



Certes, la Côte d’Ivoire a peut-être fourni les feuilles blanches A4 pour que le Nigeria écrive un scénario de qualification à l’ivoirienne. Mais, elle a conservé son stylo pour continuer à écrire son incroyable histoire depuis sa qualification obtenue via le Maroc.

LES NERFS ÉTAIENT TENDUS

Les Congolais, qui main sur la bouche pendant que l’autre était point sur leur tempe, ayant ainsi fini de dénoncer les atrocités commises à l’Est du pays, dominent le match d’entrée.

Sur la plupart des coups de pieds arrêtés qu’ils ont obtenus, les nerfs sont tendus. Particulièrement avec toutes ces réprimandes et autres mises en garde de M. Ibrahim Mutaz, l’arbitre libyen de la rencontre, qui pleuvent sur Charles Pickel. Dans son duel avec le monstrueux Evan Ndicka, le milieu de terrain congolais est souvent sermonné.


CAN 2023 : LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

Captain Mbemba tente de le calmer tant bien que mal.

C’est justement sur une phase arrêtée, un corner, que la République Démocratique du Congo, ou RDC, ouvre le score à la 9ème minute de jeu.

Mais suite à une faute de Meschack Elia sur Yahia Fofana, alors qu’il avait déjà le ballon dans les mains, le but est justement annulé. Première frayeur.

Les Congolais poursuivent leur domination territoriale jusqu’à ce que Simon Adingra décide de se réveiller.


SIMON ADINGRA SONNE LA RÉVOLTE
CAN 2023 : LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

Titularisé pour la première fois du tournoi, après avoir été longtemps blessé comme Sébastien Haller, l’ailier de 22 ans se crée la première occasion.

17ème minute de jeu. Willy Boly dépasse sa fonction de solide défenseur central, qui joue bas, pour trouver Max-Alain Gradel lequel remise aussitôt pour Wilfried Singo.


CAN 2023 : LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

Le latéral droit observe, prend l’information et fait apprécier sa qualité de centre en trouvant Simon Adingra. La tête de l’auteur du but égalisateur contre le Mali passe certes à côté mais le message lui est bien passé : Simon Adingra est bel et bien là.

Et le public ne manque pas d’accompagner chacune de ses accélérations/poussées.

Le Congo aussi pousse par deux fois. D’abord par Gaël Kakuta à la 19ème minute, l’ancien de Chelsea, puis par Wissa. De toutes les façons, en plus d’être hors-jeu, sa reprise avait été repoussée par Yahia Fofana à la 24ème minute.


Côté ivoirien, c’est par les ailes notamment le franc droit que les actions dangereuses viennent.


40ème minute : Wilfried Singo délivre une merveille de centre enroulé pour la tête chercheuse de Sébastien Haller. L’attaquant du Borussia Dortmund manque le cadre au grand dam du public.

À peine remis de cette énorme occasion, les spectateurs poussent encore un énorme cri de déception quand la puissante frappe du gauche d’un Kessié des grands soirs, élu homme du match par ailleurs, heurte violemment le poteau de Mpasi ; battu sur le coup. Wilfried Singo et Max-Alain Gradel étaient encore impliqués sur l’action. Côté droit quand tu nous tiens.

AVEC SÉBASTIEN, LA CÔTE D’IVOIRE HALLER D’ALLER MIEUX

Seconde mi-temps : on prend les mêmes et on recommence. Franck Kessié Wilfried Singo et surtout Max-Alain Gradel, in that order.


CAN 2023 : LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

59ème minute de jeu. Bien inspiré sur le coup, Franck Kessié profite d’un appel côté droit de Max-Alain Gradel pour déclencher une nouvelle frappe du gauche, à priori, son plus mauvais pied. Cette fois-ci, Mpasi est bel et bien sur la trajectoire. Mais ce n’est que partie remise.

Peu de temps après, Emerse Faé fait deux gros changements : Jean Michaël Seri, moins impressionnant depuis sa masterclass face au Sénégal, et surtout Seko Fofana, qui filera directement au vestiaire pour ruminer son remplacement et réviser son coup du marteau, sortent.



Ils sont respectivement remplacés par Lazare « Iniesta » Amani et Ibrahim Sangaré.

65ème minute de jeu. Récupération de Simon Adingra au milieu de terrain.

Faute de meilleures solutions, l’ailier de Brighton & Hove Albion remet en retrait pour Kessié lequel voit le départ de Wilfried Singo. Correctement servi, l’arrière droit polyvalent sert à son tour Max-Alain Gradel.

MAX-ALAIN GRADEL RETROUVE SES JAMBES DE VINGT ANS

CAN 2023 : LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

Maillot fourré, brassard de capitaine sur l’avant-bras, du haut de ses 36 ans, l’ancien joueur de Bournemouth, active « le mode Antonio Valencia » fixe puis dribble Masuaku. La reprise topée de Sébastien Haller lobe un Mpasi surpris, étonné d’être en face d’un garçon. L’humilité va nous dja.


CAN 2023 : LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

Côte d’Ivoire 1 – Congo 0. Le stade exulte après cet incroyable tir de l’Aigle.



Quelque six minutes plus tard, Sébastien Haller manque encore une fois de lober Mpasi. Sa frappe passe juste à côté.

Et pendant ce temps-là, Emerse Faé fait une petite liste de courses avant de la remettre à Ibrahim Sangaré, placé devant la défense tandis que Franck Kessié et surtout Lazare Amani s’en donnent à cœur joie au milieu de terrain.

LAZARE RÉSSUSCITÉ, LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

CAN 2023 : LA CÔTE D’IVOIRE ARRIVE À DESTINATION FINALE

Il n’y a avait que dans certains Space Twitter où il est difficile de se faire entendre que certains connaisseurs connaissaient l’existence et surtout les qualités de Jean-Thierry Lazare Amani ; milieu relayeur de l’Union Saint-Gilloise avant-hier depuis devenu : « l’Iniesta de Koumassi ».



Prises d’informations, puis de balle, mais aussi choix opportun ou encore une technique sûre et mielleuse, le frêle et petit milieu de terrain a montré pourquoi ils étaient quelques-uns, une poignée, un village d’irréductibles, à réclamer son apparition.

Hier, Lazare Amani a été ressuscité par un Emerse Faé qui multiplie les intelligents changements intéressants ; bien aidé par son adjoint Guy Demel. Dommage que Jean-Louis nous ait privés de ces délices.



Mais qu’importe puisque la Côte d’Ivoire arrive à destination finale, après avoir vaincu plus souvent la mort que tous les personnages de cette saga d’horreur réunis. Tous.



Rendez-vous ce dimanche 11 février à 20 heures GMT pour voir/vivre/apprécier le troisième sacre des Éléphants de Côte d’Ivoire ; emmenés par un entraîneur qui connaît si bien son groupe. Et qui surtout fait preuve d’humilité :

« Ouais franchement c’était inespéré en début en match de poules. C’était très, très compliqué. Après, on a joué le Sénégal, c’est très dur on a été cherché la qualif à la fin. Mali, ça a été dur : on était à dix mais on a été cherché la qualif. Et là, un match un peu plus maîtrisé, on va chercher la place dans notre, la finale de notre compétition de notre CAN. C’est un plaisir immense. […] »




bottom of page